lundi 1 décembre 2008

Quelque part.





"J'peux pas croire tout c'que tu m'dis! C'que tu m'dis j'y crois à peine. C'que tu me dis c'est trop beau, c'est trop joli."

Oui les enfants, je le sais, et j'aurais aimé que vous eussiez pu vous glisser en moi pour vivre ce moment. Malheureusement l'onirisme de Mendelson reste une ode désabusée, rêveuse, enfantine même, touchante sûrement, mais tellement désabusée.



Ce Jeudi 27 Novembre, en ce triste jour, tandis que votre serviteur passe une bonne heure dans les transports en commun, s'émerveillant des odeurs d'urine en quarantaine et des paysages expressifs tel le plus impressionniste des pot-pourri, se prépare dans une petite ville du nom de Villeneuve D'ascq (ville qui reste célèbre pour avoir vu naître Saint Maxime De Kokocinzki) , l'un des événements de l'année, tout du moins dans la région. Enfin, je le pensais. Après tout Mendelson et Pascal Bouaziz ne font pas énormément de concerts, et leur dernier album ( Personne ne le fera pour nous) a été une franche réussite.
Il eût été normal que la soirée fasse grand bruit, ou tout du moins dans le milieu indépendant des joyeux bobos Lillois. Mais non.
C'est assez étonnant tout de même. Surtout à ce prix là! 5 misérables euros pour voir Mendelson.
Le groupe Français encore en activité, qui tend à prouver qu'associer musique léchée à l'Anglaise (ou Américaine), à coups de furies soniques, ou calmes Strapiens, et textes en Français d'une plume des plus plus rares, est un fait possible.
Je le dis, et ce sans gêne, les gens méritent vraiment, de grands et majestueux coups de valseuses dans le derche. Mais passons.



Je rentre donc un peu déconcerté. L'organisation de la soirée me contraint à supporter 2 premières parties dans le cadre du festival Tour de Chauffe. The Meeting Room et Dos De mayo, je ne m'étendrai pas sur les premiers, et pour ce qui est des seconds, même si je n'ai pas réellement apprécié, il faut au moins leur reconnaître un mérite, ils tentent des choses. C'est déjà ça.



Il est déjà 23h30, et Mendelson n'est toujours pas passé sur scène. Les paupières se font lourdes (surtout que j'avais passé du jour même mon Bac sports, le 3*500 ça vous gagne, heureusement, je suis un surhomme).
Pascal Bouaziz et ses deux compères font leur apparition pour finir les réglages. Notons que le groupe jouera ce soir avec un batteur, chose qui n'est pas arrivée depuis belle lurette.
On me susurre au creux de l'oreille que ça risque d'être un sacré concert.
Je veux bien le croire.



Un peu moins de 00h00. Le groupe s'installe, la cinquantaine de pequenots, venus les yeux luisants, reviennent dans la salle en prenant soin de finir leurs boissons. Il faut être concentré et alerte pour un concert de Mendelson.
Ça commence, impossible de me souvenir par quel titre. Il faut dire pour ma défense que j'étais admirablement fatigué. Je ne me souviens que très vaguement de la setlist. "J'aime pas les gens", "Le sens commun", "Crétin", "L'ardèche", "Barbara", "Scanner"... Peu importe, ce n'est pas ce qui compte.
Tout se mélange comme dans un rêve sous prozacs, tout se fond et tourbillonne dans mon esprit.
En même temps suite à des douleurs, me rappelant au bon souvenir de mon épreuve de sports, j'avais eu la bonne idée de me diriger vers le fond de la salle, dans la pénombre la plus totale, le dos avachi contre le mur et les jambes allongées sur les sièges voisins, en fermant les yeux.
Les yeux fermés. C'est de cette manière que la musique de Mendelson doit s'écouter.
Non pas que ça soit ennuyeux, non, les passages bruitistes, fortement présents, sont là pour me démentir.
Juste Mendelson me fait rêver. C'est triste de rêver à l'écoute d'un réalisme si poignant et décrivant si fidèlement le quotidien du tout à chacun (c'est bien pour ça qu'on dit réalisme d'ailleurs).
Mais je ne sais pas, non. Non, je dois sûrement m'inscrire dans une démarche douteuse de glorification de la réalité sordide. Sûrement, même si je ne m'en rends pas compte.
J'avais juste à fermer les yeux au fond de la salle, j'avais un laser qui me sortait par les yeux.
Et tandis que je rêvassais à l'écoute de ces mélodies, les guitares revenaient, sordide gardien de la paix qui nous rappelle brutalement la cruauté de cette réalité et la noirceur qu'elle comporte.


Ça y est. C'est fini, un rêve d'1h50, un peu plus, un peu moins, peu importe, c'est terminé. Brutalement. Les rêves finissent toujours brutalement. Comme quand avant de se réveiller, on s'imagine tombant dans un fossé sans fond.
On sort.
Pour clôturer la soirée j'ai le droit de serrer la main du conteur des mes rêves, avec en prime un "Bonne soirée". Rahh il peut parler, il sait très bien qu'il est impossible de se rendormir après un rêve de la sorte. Salaud. Je crois que je vous aime.








A noter qu'il n'y a ni photos, ni enregistrements de concert. Tout du moins pour l'instant.
D'ici peu (je l'espère), j'éditerai pour rajouter un lien vers une interview et des morceaux tirés du concert. Je communiquerai le lien de l'émission où tout ça sera écoutable en n'oubliant pas de remercier, une fois encore, Marc.

samedi 22 novembre 2008

Nick Cave - Murder Ballads


Il est des soirs comme celui-ci où l’espèce phallique causera ma perte.
Non, promis, je ne vous ferai pas de chronique dégoulinante de lyrisme et de pathétisme. Car le Murder Ballads de Nick Cave n’est pas le sombre refuge de mes nuits d’automne, non. Nick Cave est à l’antithèse de ce que je cherche dans ces moments-là. Nick Cave est sursensuel pour cela.
Sombre romantique à la chevelure tombante. Sombre mâle qui s’entoure de belles dames pour ses compositions : PJ Harvey et son teint blafard et ses yeux maquillés de noir qui susurre, murmure sur « Henry Lee »; ou alors Kylie Minogue, nymphette et lalalalala ou le doux mouvement de la langue sur le palais avec « Where The Wild Rose Grow».
Dom Juan, éternel Dom Juan. La musique de Nick Cave est emplie d’une sensualité débordante. Et se balancent ses hanches sur le clip de « Stagger Lee », et son t-shirt colle à sa peau blanche. Eternelle sensualité, eternel ode à l’amour aussi. Que de la merde.

Parce qu’il y a quelque chose de résolument sombre chez Nick Cave. Et elle ne réside pas uniquement en ses yeux noirs, en ses cheveux noirs, en son teint pâle, non, ça apparaît plus profondément que ça. Les plus anglophones d’entre vous auront évidement notifié le titre, Murder Ballads, et auront peut être deviné qu’il s’agit de contes cruels, de cruels contes autour de crimes passionels. Car il suffit en effet de se pencher sur les paroles pour découvrir des thématiques effrayantes : une femme tue un homme car il refuse de l’aimer (« Henry Lee ») un homme se rend dans un bar pour y descendre toutes les personnes présentes (« O Malley’s Bar »). Les paroles sont un élément central dans ce disque car il existe une véritable narration, chaque morceau ayant un début et une fin. Et les paroles sont incroyables, et même avec un faible niveau d’anglais, compréhensibles. Et cela donne lieu véritablement à des ambiances effrayantes, voire oppressantes. Voyez par vous-même sur «Song Of Joy », « Stagger Lee », ou l’époustouflant « O Malley’s Bar ».
Dès lors c’est un univers atypique qui s’offre à l’auditeur, car il s’agit bien de ballades, d’airs se balançant avec tous les artifices caractéristiques de la chanson pop mais qui possèdent un fond résolument noir, une thématique centrée autour du meurtre plus qu’autour de l’amour. Et « Where The Wild Roses Grow » semble le plus apte à le démontrer, morceau avec Kylie Minogue, morceau sucre d’orge, et qui finit sur un meurtre. Renfort de cordes, harmonie parfaite qui finissent sur un meurtre.

Mais la darkatittude chez Nick Cave ne s’arrête pas au texte. Elle transparait aussi dans la musique. C’est ce rythme qui colle aux doigts, ces instrumentations haletantes, agaçantes, ce groove encrassé et lourd, sur « Stagger Lee » ou « O Malley’s Bar » notamment. Cet orgue improbable au touché a-mélodique, ces répétitions, ces violons qui crissent. Et puis cette voix, sortie du 5ème sous sol, cette voix grave, violente où les mots sont balancés avec fracas ou alors avec langueur, cette voix toujours tremblante d’émotion.
Et puis, il y a cette théâtralité certaine, cette grandiloquence qui s’immisce dans chaque morceau. Sur « The Curse Of Millhaven », on a l’impression d’être dans un cirque, avec ces violons, cette ribambelle de cordes. « Singing La la la la La la la lie / All God’s Children have all gotta die », et c’est la course aux meurtres.

Murder Ballads est une pièce de choix car pièce accessible. 2 singles et que des ballades. Et pourtant, il y a quelque chose qui rebute. Aux premières écoutes, la cohérence du disque peut paraître difficile à percevoir. Peut-être est-ce parce que Nick Cave a construit son album comme un assemblage d’histoires ou peut-être est-ce la propension à la grandiloquence qui donne cette impression là, cette impression de surenchère. Il existe bien quelques morceaux plus épurés « The Kindness Of Strangers » par exemple, ou le blues de « Crow Jane ». Mais bien souvent, ce sont des atmosphères irrespirables, étouffantes, écrasantes, qui sont proposées, atmosphères qui restent admirables et qu’on apprécie à s’en faire mal à la tête.
Non, Murder Ballads n’est pas un album que j’aime écouter. Mais c'est un album irrésistible, et les morceaux sont savoureux, quoiqu’inégaux (notamment « Death Is Not The End » qui ne constitue pas une fin potable).

Et je m'allonge sur le parquet dur de ma chambre, et je suis le périple d'O'Malley : 1,2,3, le voilà qu'il compte le nombre de ses victimes sur ses doigts.

jeudi 20 novembre 2008

Superhero Songwriter !

Si on m'avait dit l'année dernière, juste après la sortie du fameux North Star Deserter, que le Monsieur reviendrait aussi rapidement, et d'aussi belle manière, je ne l'aurais sûrement pas cru.



En même temps, qui eût cru qu'après son escapade chez les Canadiens de Contsellation, Vic Chesnutt, reviendrait une année plus tard, avec un nouvel album, sans tomber dans la réédite inintéressante ?
Car oui, cet album est différent. Notons déjà que Efrim et Constellation ne sont plus de l'aventure, et que Vic est de retour dans sa ville natale, Athens. Petit retour au bercail donc, pour retrouver un peu de ses racines sûrement.
Quoique cette dernière affirmation, ne peut sembler qu'erronée à l'écoute du disque. Et même en s'en tenant au titre de ce Dark Developments, où Vic n'apparaît, encore une fois pas seul, l'album étant annoncé comme un disque de : Vic Chesnutt, Elf Power & The Amorphous Strums.
Le monsieur sait (encore une fois) s'entourer, avec cette fois ci, Elf Power et le psychédélisme du label (local, mais réputé pour receler quelques groupes comme Neutral Milk Hotel, Apples In Stereo, ou encore Of Montreal) Elephant 6.
Une coopération qui, sur le papier, s'annonce comme assez différente du dernier opus.
Et cette impression touche, à proprement dit, dans le mille! Fini les cordes léchées, les accords cosmiques et les longues envolées godspidiennes.
Mais avant de s'attarder sur les caractéristiques les plus notables, d'un point de vue musical, j'aimerai éclairer, un détail qui m'a semblé des plus troublant.
Pour la première fois, un album de Chesnutt, renvoie une impression de cohésion musicale, propre à un groupe. Alors oui sur North Star Deserter il y avait aussi un groupe, mais c'était différent, le groupe servait Chesnutt, et apparaissait plus comme un backing-band de luxe (ce qui n'enlève rien à la qualité du dit album!) .
Ici, non. Et il ne faut pas s'y tromper si les noms d'Elf Power et The Amorphous Strums apparaissent sur la pochette, ça ne relève pas d'un hasard, ou d'une raison quelconque.



Venons en maintenant à la musique même.
Encore une fois, une surprise. Il est étonnant de relever le caractère extrêmement pop de cet album. Extrêmement n'incluant pas, ici, le fade que l'on peut trouver, chez nombre de productions indie-pop, qui pullulent un peu partout. Non, sur cet album, on se rapproche plus d'une idée de pop un peu "rétro" ou tout du moins plus classique (quoique...tout dépend comment on l'entend, enfin bref), à la fois très folk américaine, si je puis dire, et très psyché noisy, merci Elf Power! , les deux s'entremêlant au fil de l'album, et des pistes, faisant dériver cet album vers des horizons, pop/folk/psyché. Une autre caractéristique, contrastant assez avec le précédent opus, sur cet album, on est étonné (quand on ne connaît pas vraiment la disco du monsieur, comme moi!) de tomber sur un disque léger. Et ce n'est pas un reproche! Non, non, c'est juste qu'après un North Star Deserter des plus mélancolique, on est surpris, qu'une telle lumière puisse venir du même Monsieur. Même si la lumière reste teintée d'une certaine ombre, qui ne transparaît pas dans la musique, mais plutôt dans les paroles, mais comme je n'aime pas analyser les paroles de chansons, je vous laisse libre de les découvrir par vous-mêmes.



Non, vraiment si l'on m'avait dit, après le grand album avec les sublimes Silver Mount , que Chesnutt reviendrait si vite, et d'une manière si éclatante, j'aurais eu beaucoup de mal à, ne serait-ce que, l'imaginer.
Et pourtant il est bien là, moins mélancolique que sur le précédent opus, mais toujours là, sa plume aiguisée et son cynisme acerbe en main. Sûrement moins intense que son prédécesseur, mais n'ayant vraiment pas à rougir de la comparaison.
Preuve en est, si il en faut (encore ? ), que l'on a beau être paraplégique, coincé dans un putain de fauteuil roulant, luttant presque pour prendre une guitare, on en reste pas moins un grand artiste, et sûrement, un des grands noms de la folk, et de la musique, soyons fous ! ,Américaine actuelle.


En espérant pouvoir d'ici peu, assister de nouveau à une de vos, si bouleversantes, performances lives, Monsieur.


dimanche 16 novembre 2008

Where the wild roses grow ?





Sortons du silence pesant s'étant installé ces derniers temps sur ce blog.
Après une longue pause, qui peut s'expliquer par, d'une part une grande fainéantise, et d'autre part un ennui profond vis à vis des dernières sorties musicales (même si, Octobre a apporté quelques bonnes surprises), votre humble serviteur, décide de revenir, en vous proposant, comme vous l'aurez compris ni une sortie récente, ni un objet de vieux croûton lyophilisé.




Cet article, est une occasion pour faire un léger point, et un léger arrêt sur 2007, en nous arrêtant sur un des albums, sûrement, les plus atypiques de l'année dernière.
Il serait sûrement intéressant pour introduire Alcest, de mentionner le fait que le Monsieur à l'origine de ce groupe, se nomme Neige, et qu'il est notamment connu pour participer à la scène Black Metal française.
J'en vois déjà partir en précipitant leurs souris sur la petite croix rouge! Ne vous précipitez pas les enfants!
Je sais le terme "Black metal" peut faire peur, je comprends que les bruits d'égorgements de truies, auxquels il renvoie puisse vous effrayer, je vous avouerai que, moi-même, en présence de tels termes, je ne me sens pas très bien.
Mais, je vous ferai remarquer que pour introduire ce terme, j'ai utilisé, un peu plus haut, du conditionnel, ce qui normalement devrait vous faire comprendre, qu'il n'est ici pas question de Black metal (quoique certaines personnes trouvent dans la musique d'Alcest, quelques caractéristiques, qui se rapprochent de ce mouvement, mais comme je connais assez mal ce mouvement, je n'en ferai pas de même).



Dieu me tripote, revenons à l'essentiel. Alcest est donc le projet d'une personne. Un jeune homme nommé Neige, et qui, d'après ce que j'ai pu lire deçà, delà, laisse planer un certain mystère, et une aura assez rêveuse et enivrante autour de son groupe.
Ce jeune homme, dit à propos de la musique d'Alcest, qu'il a essayé d'exprimer, et retranscrire ses rêves et pensées dans sa musique.
Et à l'écoute de ces Souvenirs d'Un Autre Monde, on ne peut nier ces dires.
C'est même assez troublant pour tout dire. La première fois qu'on écoute ce CD, l'ambiance éthérée, et surréaliste qui se dégage de cette musique, comme enfermée dans un "Autre Monde", où tout semble douceur, douceur incisive, par ses guitares qui tissent des mélodies des plus cotonneuses à coup de riffs intimistes, ou parfois plus incisifs, d'un rêve aux accents metal pour la hargne qui se dégage de ses guitares, et shoegaze pour cet aspect, si immatériel, brumeux et à la fois si présent, du plomb à l'état de gaz, qui virevolte autour de nous, et parfois au détour d'un riff, d'un break, on le sent là, qui nous pousse, nous emporte, dans ce rêve que nous dépeint Alcest.
Tout semble si simple, en étant là haut, en se laissant emporter par ces vapeurs, dans cet "Autre Monde", cet endroit qui semble si fragile, qui, d'une note pourrait s'effondrer, et alors cette beauté et ces décors s'effaceraient, et tout ça ne serait plus que des souvenirs, les Souvenirs d'un Autre Monde, peut-être?



Et quand le disque en vient à son terme, quand les vagues se font entendre, quand la brume rêveuse, s'écarte pour laisser place au soleil, presque outrageux, de Tir Nan Og, on se dit que peut-être le voyage n'est-il pas finit, peut-être nous retrouverons-nous encore une fois sur cette Autre rive, l'attendant de nouveau, juste le temps d'une perdition totale.


Myspace : http://www.myspace.com/alcestmusic

samedi 8 novembre 2008

Mogwai, Casino de Paris, 28 octobre 2008


[Vos dignes serviteurs n'ayant pas pris d'appareil photo, la photo de cet article a été méchamment piquée ici. A noter qu'il ne s'agit même pas du même concert. Double Shame on Me.]


Avec Maxime, on s’attendait à une avalanche de larsen. Traumatisée par leur prestation à Rock En Seine, j’avais même recommandée les boules quiès, boules quiès que nous n’avons pas achetées car nous sommes hardcore. Et j’avais l’impression de m’amener à ce concert telle une pucelle qui va se faire déflorer. Pour la deuxième fois, déflorer. Par le bruit blanc, j’entends. ô bruit blanc ! Secours de mes nuits !

Peu importe. Accompagnés d’un énergumène à chapeau, nous entrons dans le Casino de Paris, encore vide. Moins pompeux que sur les photos, la salle respire quelque chose de bourgeois mais de chaleureux. Nous attendons peu. Car, très rapidement et plus tôt que prévu, The Twilight Sad, la première partie, prend place sur la scène et nous livre un rock d’assez bonne facture qui tire un peu vers le shoegaze – je ne m’étendrai cependant pas dans les sous genres, de peur de recevoir les foudres de Maxime, ce sale puriste. Je suis tout d’abord étonnée de voir qu’ils ne ressemblent en rien à la pop choupinette de leur myspace, mais agréablement surprise et je me vois noyée sous un déluge de guitare. On retiendra notamment le dernier morceau où le bruit blanc prend une place prépondérante « Afterwards It Did ». Et on oubliera le premier qui fut exécrable.

A peine 25 minutes de son -yeah. Et nous revoilà, à attendre nos écossais, qui se laissent bien désirer. Ainsi, c’est une demi-heure plus tard qu’ils arriveront. Et là, j’aimerais écrire, faire quelque chose de classe, vois-tu, cher lecteur. Parce qu’il faut bien le dire, j’avais promis que je chroniquerai ce concert. Et je m’étais dit qu’il serait plus facile de le faire que de s’empatouiller dans une description analytique de The Hawk Is Howling, le dernier album de Mogwai. Je pensais qu’il suffirait de broder, de se focaliser sur l’éclairage ou sur la marque de guitare d’un des membres, mais me voilà, ici, devant mon ordinateur en carton et je ne sais pas. Et je me souviens de ce joyeux luron qui disait que chroniquer sur la musique, c’était comme danser sur l’architecture. Et là, je me sens comme à cloche pied, prête à faire un demi-tour, tant il m’est impossible de dire quoi que ce soit. Ca se mélange dans mon cerveau, tout est flou. Dans quel ordre ont-ils joué les morceaux ? Je n’en ai aucune idée. Je n’ai que des souvenirs vagues.

Et pourtant, Mogwai ne fait pas parti de ces groupes dont je dirais qu’ils donnent dans le « tout émotionnel » si tant est que ce terme ait une quelconque signification. Au contraire, il y a une certaine pudeur. Tant dans la musique que dans le jeu de scène. Même si pour ce dernier point, je ne me fierai qu’à quelques impressions ; car, du fait de ma verticalité réduite, je n’ai eu qu’un champ de vision restreint.
Par ailleurs, ils ont l'air d'avoir tellement bien assimilé les codes du post rock qu’ils ne semblent se renouveler que superficiellement. Chaque morceau, chaque album fait l’étalage de leur incroyable maitrise du genre : arpèges qui se délient lentement, montée en puissance, alternance entre explosions de bruit blanc et plages statiques doucereuses qui s’étalent. Parfois, au détriment de l’émotion ? – Ah ! Oui, je sais ! Cette terrible vision binaire savoir-faire/émotion nous rattrapera toujours ! Alors, oui. Laissons cela aux blasés. Parce que voilà, ça reste bon. Et on aurait envie de dire que le reste importe peu.

Les morceaux se succèdent, la playlist savamment composée pioche dans cette dizaine d’années de carrière. Les morceaux tirés de The Hawk Is Howling sont brillamment interprétés. Le brouillard de « Scotland’s Shame » ne se détend pas, « I Love You, I’m Going To Blow Up Your School » fait frissonner par tant de fluidité, et le sublime et incroyable « I’m Jim Morisson, I’m Dead » me laisse un gout suave dans la bouche, et tremblante aussi.
Le groupe ne nous épargne pas ses classiques, on a donc le droit au célébrissime « Hunted By A Freak » et sa voix vocodée et au single « Friend Of The Night » et sa ritournelle, en un peu plus noisy et un peu plus violent que sur l’album studio. Seront joués aussi « Secret Pink », très joli morceau, et « Christmas Steps » tiré de Cody et ses guitares qui s’abattent comme des arbres dans la forêt amazonienne, étourdissantes guitares, soubresauts de mon âme, ahhh.

Le son est assez bon pour contenter une personne comme moi, c'est-à-dire une personne qui ne s’y connaît pas trop. Ni d’avalanche de larsen, ni de son à exploser les tympans. L’atmosphère reste limpide. Mogwai me fait l’effet d’un cocon chaud où il fait bon de s’y blottir. Doux endroit cotonneux, bâtisse de mes rêves, masse graisseuse, tissus adipeux élastique qui s’étend, s’étend et finit par se rompre sous le bruit blanc. Mais même les larsens possèdent quelque chose de rassurant, c’est un bruit connu finalement. Je les guette.

Et là, c’est la fin. Les écossais s’en vont tandis que le public se brûle les mains à applaudir. Et pendant longtemps, nous applaudissons, crions, voulons qu’ils reviennent.

Et c’est là que sonne le glas, car rappel, il y a eu. Et quel rappel ! Pendant dix minutes, s’étale « Like Herod» qui commence par une longue plage statique pour se finir en tueriiie, avalanche de guitares qui me font sursauter, me prennent par la gorge. Endroit cotonneux, j’ai dit ça ? Abasourdie par le bruit, tremblante d’effroi. Bruit blanc, mon amour. Et lorsque cela s’arrête, je suis rassérénée, pleine. Mais voilà qu’ils recommencent et que les premières notes de « Batcat » retentissent ! Effrayée, je me tourne vers Maxime. Nous avons tous deux ce même regard « Encore ! ». Batcat, ou la folie hystérique et communicative. Et j’ai compris pourquoi Maxime avait du gel fixation béton, les bouclettes c’est pas top dans ces moments là.

Danser sur l’architecture avec de la poésie en carton, putain, ouais.

mardi 4 novembre 2008

J'ai toujours révé de changer le monde, et surtout de baiser ta femme, enfin si cela ne te gêne pas.

Il semble de bon ton de commencer cette chronique par quelques petites révélations, qui me paraissent plus ou moins importantes, enfin...
Je laisse, pour cet article, le lecteur trancher la partialité des mes dires. Car il pourrait apparaître, qu'en ce jour je ne suis pas impartial. Tout du moins certains pourraient le penser, libre à eux de le croire d'ailleurs, même si je m'efforce toujours de ne pas sombrer dans ce genre de méandres.
Car en effet, cette chronique est particulière. En tout cas, elle l'est pour moi. Car ce disque n'est pas réellement, un "disque comme un autre" pour moi.
Pour des raisons, que je vous épargnerai, je suis très attaché à ce groupe, et à cet album.
Ceci étant posé, libre à vous de le prendre dans le sens que vous préférerez.


"Année 2008. Nom du Groupe : Automatiq. Titre du disque : Automatiq veut juste changer le monde... Et baiser ta femme"

Ainsi commence le premier album de ce groupe nordiste, cocorico, nommé Automatiq, ne me demandez pas pourquoi je n'en sais rien, désirant juste changer le monde et baiser votre femme, personnellement je ne suis pas homme à me marier.
C'est sur ce petit prélude que le disque commence, avant de céder la place au furieux premier morceau "Tout et son contraire", lumineux single aux allures shoegazisantes, et aux contours pop.
Un bon début en soi. Les guitares sont de sorties, les bidouillages électro aussi, le tout servi par le chant de Monsieur Automatiq et ses paroles d'un cynique pouvant rappeler Mendelson, Katerine, ou pour rester dans la région : Dylan Municipal.
On pourrait s'attendre un album suivant donc une droite ligne emplie de shoegaze, noisy-pop et autres (qui reviennent très à la mode ces derniers temps), mais (effet de suspense réussi) il n'en est rien.
Pour tout dire, qui s'arrêterait à définir cet album comme shoegaze, serait le plus grand autiste du monde, ou juste un imbécile s'arrêtant au premier titre.

Il faut bien avouer que cet album est déroutant. Parfois électroïdement dansant ( "Ma Chanson est une sonnerie"; "Les Perdants ne sont jamais magnifiques"; ou encore "Ton Serial Killer Préféré" pour n'en citer que quelques uns); par moments plus pop kitsch, ballades doucereuses et cotonneuses ( "Nature Morte"; "Ouvrier Moderne", ou à un moindre degré "Journée Type"); sans renier un certain côté shoegaze 90's ( "Tout et son contraire"; "Johnny Qui, Nicolas Quoi", "C'est Toujours Pareil", ou "Je veux juste"); et parfois, étonnamment expérimental électro/noisy, bien timbré de derrière les fagots ( "Light"; Les deux "Absurdité du Monde"; "Poison Pané").

A la lecture de cette énumération un peu brouillonne, une certaine confusion pourrait prendre place à vos yeux. Mais, il y a un "mais", il y a une chose qui crée une unité entre tous ces titres. En fait il y en a deux, d'une part les textes, le côté cynique, froid, qui ressort sur toutes les pistes; et de l'autre, un fait important, qui relève d'une appréciation personnelle, tout à fait honteuse, tous les titres de cet album sont des tubes en puissance.
Oui, oui, j'assume complètement cette déclaration. Cet album est grand. Et c'est d'autant plus louable quand on sait, que ce n'est pas vraiment une grosse sortie, ou un truc trv3 undergr3nd culte. Non vraiment, un petit album, malheureusement appelé à ne pas faire grand bruit, et qui pourtant mériterait un avenir bien autre.
Qui peut se targuer aujourd'hui, de sortir un album de cette qualité, d'un tel éclectisme, sans tomber dans la branlette intello, et restant de bout en bout passionnant, enfin non, jouissif ?
J'ai envie de dire peu de groupe. Tout du moins, cette année je vous avouerai, qu'aucun album n'a égalé la jouissance que m'a procuré ce premier opus d'Automatiq.
Aucun, et je pèse mes mots.

Il est d'autant plus dommage, qu'un tel album passe inaperçu, d'autant plus dommage que le groupe ne tourne pas plus, et sûrement d'autant plus dommage que celui-ci n'a pas mis plus de moyen dans une promo, car vraiment cet album l'aurait mérité.
Alors, j'apporte une petite pierre à l'édifice, mais ce n'est pas mes chroniques balbutiantes et moi-même qui allons aider le groupe, même si j'aimerais le croire. Je ne peux que conseiller de s'intéresser à ce groupe, j'espère avoir donné l'envie à certain de le faire, et même si vous avez trouvé cette chronique d'un ennui mortel, je vous invite à visiter le myspace du groupe. Une écoute vaut mieux que de longues chroniques pâteusement ennuyeuses.

"Nous n'allons pas nous quitter sans danser, Oh Yeah!" :

Le site du groupe : http://www.automatiq.org/
Le Myspace : http://www.myspace.com/automatiq






Je cassdédi cette chronique à : d'une part Eddy le chanteur du groupe, d'autre part mon Oncle qui est vraiment mon Guru Guru, et pour finir à la fan numéro 2 du groupe (je suis le numéro 1), ma Suzette.

jeudi 16 octobre 2008

Boxer - The National.



The National est un band quelque peu hors de l'ordinaire: un chanteur, Matt Berninger, avec une voix de baryton nonchalante, non pas sans rappeler Leonard Cohen, des instruments qui n'ont rien de catchy, et des textes qui feraient frémir n'importe quel groupe d'emo rock tant ils sont profondément mélancoliques et troublés. Le portrait, qui dépeint l'image qu'on se fait d'un band certes compétent, mais sombre et inconnu, donnera pourtant naissance à l'un des phénomènes les plus envoûtant de la scène indie, et je dirais même de toutes les scènes réunies.


Avec Boxer en 2007, The National parvient à se hisser à la tête des listes des meilleurs albums: succès critique, l'album fait mouche et ne laisse personne indifférent. Et rares sont les groupes à avoir mérité autant leur reconnaissance. Fondé en 1999, le groupe sort son album éponyme à la pochette affreuse en 2001. Puis, deux ans plus tard sortira le Sad Songs For Dirty Lovers qui, en plus d'avoir l'un des titres les plus cool qu'on ait vu depuis le Happy Songs For Happy People de Mogwai (bon, il était sorti 3 mois avant... mais qu'importe!), mettera la puce à l'oreille des critiques: il faut surveiller ce groupe. En 2005 paraît Alligator, un album d'une mélancolie sauvage, poignante, dont les textes plus ténébreux les uns que les autres touchent autant la solitude que le sexe. Déjà là, on acclame The National... Et ce ne sera que pour se mettre à lui vouer un culte dévôt lorsqu'il sortira, deux ans plus tard Boxer et vu la constance à laquelle ils sortent des albums, nous attendons le prochain en 2009, c'est-à-dire à tous les deux ans.


La pochette de l'album annonce les couleurs de son contenu. Oh, j'ai dis les couleurs? La couleur serait plus approprié, car très monochrome, blanc sur noir, l'album n'annonce rien de très joyeux. Une image distante, effacée, quasiment anonyme vient nous prévenir: attention, vous pénétrez dans l'antre de la mélancolie, de la solitude et de la honte.


Boxer s'ouvre magistralement avec "Fake Empire", une piste d'une beauté effarante, qui vient tout chambouler dans notre palmarès des meilleures chansons de The National, un palmarès qui compte bien évidemment "Mr. November", "About Today" et "Baby, We'll Be Fine". C'est que le band a ralenti le rythme, et laisse davantage de place à ses sombres mélodies. Mais dès qu'on se fait cette idée, "Mistaken For Strangers" vient nous prouver qu'un avait tort; la bande de Berninger n'a rien perdu de sa verve, et il nous plaque carrément avec son "You get mistaken for strangers by your own friends/another uninnocent, elegant fall into the unmagnificent lives of adults". Ensuite, c'est au tour de "Brainy" et de "Squalor Victoria", deux excellentes pistes, où Berninger sonne plus Cohen que jamais, et le paradoxe entre l'intimité qui se dégage des textes et la virilité de sa voix n'a jamais été aussi évident et cet étrange mélange ne fait qu'enrichir l'album. "Squalor Victoria", avec son intro de batterie et de violons, est sublime et ce même si Matt Berninger est d'une nonchalance inégalée.


Oppressés par la grosseur des quatre premières pistes, chamboulés par l'accumulation de chansons gradioses, les Dessner, les Devendorf et Berninger nous permettent de reprendre notre souffle avec la minimaliste (du moins, selon les standards "nationaux") avec Green Gloves. C'est pour frapper encore plus fort avec Slow Show, qui reprend en partie les textes de 29 Years, une piste du premier album, et qui se rapproche le plus de la grosse ballade peine d'amour de l'album. Mais fidèle à eux-même, jamais ils ne donnent dans le kitsch, et avec cette chanson, ils nous font un des trucs les plus dépouillés, les plus touchants et larmoyant qu'on ait entendu depuis très, mais très longtemps. À écouter pendant un coup de blues, comme tout l'album en fait. Arrive Apartment Story, un peu plus crue musicalement, avec le drum omniprésent qui martèle continuellement, nous faisant carrément ressentir de la répression. Et le côté très conteur, très parlé du chant de Berninger ressort très bien ici, rapide, coupant les silences, ajoutant à cette oppression ambiante.


Sur Boxer, et vous aurez peut-être de la misère à le croire si vous n'avez écouté les précédents albums, The National est plutôt... positif. Du moins, comparativement aux trois premiers. Et cet espoir n'est jamais plus présent que sur la toute jolie Start A War, qui parle d'elle-même: "We expected something, something better than before. We expected something more/Whatever went away I’ll get it over now. I’ll get money, I’ll get funny again". Puis arrive Racing Like A Pro, avec cette intro de guitare rappelant les lignes de José Gonsalez, et un texte très précis, pointilleux, qu'on retrouve souvent chez The National, mais qui est très bien représenté: "Sometimes you get up and bake a cake or something sometimes you stay in bed sometimes you go la di da di da di da da til your eyes roll back into your head". Et sur cette piste, ainsi que sur la suivante, Ada, on retrouve le piano de Sufjan Stevens qui, bien que discret, est merveilleux, parce que c'est Sufjan et The National. Et arrive justement Ada, avec un piano rappelant les meilleures compos de Stevens et on se prend à rêver qu'ils fassent un album duo, complet, et que ce serait le pied. Ada est même supportée par un jeu de cuivres subtil, et elle parvient, au sein de cet album où chaque chanson est monumentale, à tirer son épingle du jeu. Gospel quand à elle termine très bien un album dont un se remet difficilement, de quoi paralyser d'informations vos neurones des heures durant. Alliant parfaitement guitare et piano, composition très adoucie, très intime, autant dans la musique que dans les textes, elle nous rappelle à quel point la voix singulière de Berninger s'adapte à tout: tantôt effrénée, tantôt nonchalante et calme, et ici s'alliant parfaitement avec une voix féminine.


Boxer est moins enragé que les précédents albums, et on a l'impression que Berninger aperçoit la lumière au bout du tunnel, bien qu'elle soit toujours un petit point brillant et lointain. Là où on sentait une véritable hargne sur Alligator, ici on entrevoit des textes plus matures, une composition plus clairsemée, et on un espoir grandissant, sans pour autant quitter l'univers sombre, solitaire et alignant déception sur déception de The National. Sans révolutionner sa façon de faire, l'album n'est pas pour autant réactionnaire: il progresse, doucement, autant musicalement que textuellement, se distançant de ses précédesseurs en conservant tout ce qu'il y avait de meilleurs.


Si A Brighter Beat de Middleton était mon album favori de 2007, celui-ci n'est franchement pas loin derrière.


À écouter, encore et encore, surtout en hiver, parce que l'univers de The National colle parfaitement avec la dichotomie noirceur des nuits allongées/blancheur de la neige, la même dichotomie qui impreigne la pochette.
PQ.

PS. Mea culpa pour les fautes, mais PQ il est en session d'exam et il a d'autre chat à sanctionner.